21 juillet 2009

And now, something totally different.

Je pourrais éventuellement vous raconter mon dîner de vendredi soir, la nuit qui suivit et la messe d'adieu à Kelly de dimanche. Mais chacun de ces événements me laisse un goût amer à la bouche. Je les passerai donc sous silence jusqu'à nouvel ordre.

Ce matin cependant, j'étais au rayon lingerie d'un grand magasin. Pas mon lieu de prédilection pour la lingerie fine mais là je cherchais des gaines à offrir à ma concierge pour son anniversaire.
Je me promenais donc avec émerveillement au milieu de ce qui me semblait être une collection de tentes, et quand j'eus trouvé mon bonheur (enfin, celui de madame Gredu) j'allais tout de même jeter un œil aux bikinis.

J'inspectais un Princesse Tamtam en me disant qu'il ferait bien sur Phryne (jusqu'à ce que je me rappelle que Phryne ne met que des maillots une pièce qui lui descendent à mi-cuisse) quand quelqu'un m'accrocha le bras.

- Oui ? soupirais-je en me dégageant sans douceur d'entre les pattes d'un monsieur pas franchement repoussant mais somme toute assez laid.
- Je cherche mes amis.
J'ai regardé le type un peu surprise.
- Mais je ne connais pas vos amis.
- Je peux être ami avec toi ?
- D'accord. Alors en fait, je vais t'expliquer un truc :  traîner au rayon maillot de bain féminins durant les soldes quand on est un homme, c'est limite suspect.
- Ah ?
- Oui.
- Alors tu veux pas être mon amie.
- Non. Mais tu devrais aller voir par là... l'ais-je pointé vers le rayon des gaines et des soutifs qui ressemblent à des montgolfières.

Il m'a remercié et il est parti.

Ça me rappelle donc qu'un jour, j'avais fait un petit guide pour éloigner les dragueurs à la noix.

L'été battant son plein (enfin, tout dépend où vous habitez mais on ne va pas pinailler), il me semble dans l'intérêt de tous de vous rappeler ces quelques conseils pour écarter vite, bien et avec classe les dragueurs décérébrés.

Vous savez, ces choses moches et généralement peu esthétiques qui, tels des moustiques un soir d'été, s'agglutinent autour de nous, jeunes et pures demoiselles, dès les premiers rayons de soleil.

Étudions ensemble les cas de figure les plus courants.

Tous d'abord : la rue, les terrasses de café et les transports en commun.

Tout lieu public où un admirateur inopportun pourra s'arrêter et vous demander si ça vous ennuie qu'il s'assoie près de vous.

Ne lui dites pas non. S'il est mal éduqué il va mal le prendre et vous insulter (s'il était bien éduqué il ne serait pas en train de vous draguer).

Ne lui dites pas que quelqu'un va arriver si ce n'est pas vrai, s'il est un tant soit peu malin il attendra et verra bien que non.

Au contraire ! Laissez le s'asseoir, engagez la conversation et tâchez très vite de lui parler de vos hémorroïdes, de votre quatrième divorce, ou de vos problèmes d'incontinence. Résultat garanti.

Ensuite, en boîte. Ou dans une soirée un tant soit peu animée. Il se trouvera toujours un idiot pour se mettre en face de vous pendant que vous dansez, et ce, dans l'unique but de vous lancer des regards humides et concupiscents puis finir par vous attraper par le bras et vous gueuler dans l'oreille un "Comment t'es trop jolie, sa mère" ou autre platitude ("ouah t'es trop belle en fait" )

Ne lui tournez pas le dos, il vous mettrait une main aux fesses.

Soit vous êtes avec une amie. Le cas échéant, jetez vous sur elle et roulez-lui une pelle monumentale. Répulsif garanti. Au pire comme 33% des mâles français il fantasmera le reste de la nuit sur une relation à trois mais il ne s'approchera plus.

Solutions deux, plus amusante et moins risquée : vous n'êtes pas avec une amie.

Donc : collez-le en retour, faites votre chaudasse de la mort qui tue, roulez des hanches à en faire pâlir Shakira de jalousie et quand il est est bien chaud, (limite fondu, généralement ça se voit aux fort disgracieuses petites gouttes de sueur qui commencent à perler sur son front) demandez lui de vous offrir un verre. Pendant que monsieur dragueur à la noix est au bar, allez voir les vigiles en leur expliquant l'air terriblement outrée que ce goujat vous a peloté les seins.

Derniers cas de figure : le drageur intello. Cocktail chic, vernissage, rayon beaux livres de la librairie, musée.

Vous n'êtes à l'abri nulle part.

Il s'amène, une coupe de champagne à la main, il vous aborde en vous demandant votre avis sur ce débat fumant à propos de la question ontologique de la vérité selon Badiou. Ne vous méprenez pas, il se fout éperdument que vous compreniez la question ou pas, et répondre du tac au tac que la dernière interview de Cindy Sander à ce propos était tout simplement fantastique ne fonctionnera pas.

Forcez-vous un peu et vomissez sur sa veste.

Si vous n'y parvenez pas ou si votre mère vous regarde en fronçant le sourcil, feignez un haut-le-cœur et dirigez vous vers les lieux d'aisances les plus proches en prétextant des nausées étranges depuis cette nuit très arrosée en compagnie de "placer ici le nom d'une célébrité quelconque". En revenant tâchez de reprendre la conversation en ayant cet l'air stupidement béat qu'arborent généralement les futures mamans, l'animal trouvera bien vite une excuse pour s'esquiver.

Voilà. Ne me remerciez pas.
Je vous laisse, je dois... euh... aller recoller les morceaux.

16 juillet 2009

La semaine de la loose...

Samedi dernier déjà, je savais que ma semaine s'annonçait mal.

En partant de l'hôtel de Ginger, je regardais son taxi s'éloigner. Elle s'est mise à la fenêtre et a crié :
"See you later, Raspy Honey!"

J'ai haussé les épaules, sans grand espoir de voir le véhicule s'arrêter et Ginger me sauter dans les bras en hurlant "Non, finalement je ne pars pas six mois pour un super reportage-photo sur l'acclimatation du rennes dans les réserves naturelles d'Afrique du sud, je reste avec toi. "

Il était huit heures du matin et j'avais envie de dormir.
Quand je me suis réveillée, je me sentais un peu seule. Après mes tumultueuses aventures avec ma rousse affolante, l'appartement me semblait étrangement calme (Griotte, évidemment n'était pas là ). Alors j'ai téléphoné à Calixte.
J'ai dit :
"Frangin, je sais que c'est pas ma semaine mais tu me prêterais bien Baptiste, non ?  Un peu ? "
Il a eu un rire goguenard et m'a dit : "Nan, mais Gerboise, tu le snobes pendant presque trois semaines et tu voudrais que je te le laisse comme ça, sans que tu fasse un minimum amende honorable ?  En plus la dernière fois, tu l'as laissé deux heures seul avec Griotte, et elle lui a montré comment elle faisait parler Poupoune, il a mis deux jours à s'en remettre. Gabriel est à Paris, appelle-le. "

J'ai pas trop gueulé sur le coup, l'alternative proposée était assez alléchante. J'ai donc appelé le Graphopathe. Il a mis des plombes à répondre au téléphone et j'aurais du me méfier, il avait une toute petite voix.

Quelle nuit...

Assis sur mon canapé, pieds nus et en tailleur, il a passé la soirée à perdre son grand regard bleu dans les reflets du verre Kosta Boda, dont je m'assurais du constant remplissage. Et quand il ouvrait la bouche c'était ni pour me parler ni pour m'embrasser mais pour laisser échapper un long et douloureux soupir.
Gabriel a des accès mélancoliques a faire pâlir d'envie Baudelaire dans ses plus mauvais jours. Quand j'ai dit  "Allez, on va dans la chambre, vous avez assez bu, mon langoureux amant. "
Il ma répondu, " Entendu, ma Proserpine, j'aurais plaisir à ce que vous me serriez affectueusement contre votre douce poitrine. "
" Et c'est tout ?"
" Ben... Oui. "

Bref, j'ai passé une folle nuit. N'importe qui d'autre se serait fait mettre à la porte à grand coups de pied aux fesses, mais celles du Graphopathe sont bien trop jolies pour qu'on les traite ainsi. Je l'ai donc laissé s'assoupir sur mon épaule avec ses cheveux qui me chatouillaient le nez. Je suis une super copine.

Je vous passe ma semaine, où une Griotte en grande forme et à peine remise d'une intoxication alimentaire fort salissante n'a rien trouvé mieux que de transformer la moitié de mes vêtements blancs en un blougiboulga verdâtre, se faire piquer sa perruque, réussir à planter une demi douzaine de fois l'ordinateur de son mec en s'amusant sur twitter (son nouveau joujou) et à m'engueuler parce que je lui donnais la fessée. Bref, je ne sais pas si c'est la chaleur ou les soldes mais elle est intenable en ce moment.

J'ai donc choisi d'émigrer vers Bruxelles, chez mon frère.
Où je me trouve en ce moment.
Je suis arrivée par surprise, j'aurais dû prévenir. J'étais tranquillement dans le salon à faire la sieste quand ces deux abrutis sont rentrés de conserve, et la langue de l'un dans l'autre et inversement, ils se sont jetés sans regarder sur le canapé où je dormais.
Une fois que j'ai eu vérifié que tout mon délicat squelette était toujours bien en place, j'ai demandé Baptiste. Bonne pâte j'ai proposé qu'on le tire au sort.
J'ai perdu.

Demain, il y a un dîner avec tout le monde chez le Graphopathe qui, semble -t-il, est sorti de sa petite phase neurasthénique. Avec un peu de chance, ce sera un peu plus glorieux que la soirée que je passe en ce moment : Assise à l'ordinateur avec deux brutes épaisses qui suent et ahanent comme des tennismen en rut à quelques mètres de moi.

05 juillet 2009

Doggy Bag


Je vous raconte pas l'ambiance ce soir au Domaine. 
Le gloom s'est abattu sur la demeure. La valetaille marche sur la pointe des pieds, Calixte a préféré fiche le camp dès qu'il a été capable d'aligner deux pas sans tituber et moi, je dois rester, ordre de Mère, mais je viens de prétexter une migraine pour regagner ma chambre.

D'habitude quand je passe le weekend chez Père et Mère, je m'ennuie à mourir, et d'ailleurs ce week-end -ci ne s'annonçait pas différent des autres. Pourtant...



J'ai depuis longtemps renoncé  à forniquer avec les employés de la maison, Mère les renvoie à chaque fois. J'en ai marre de toujours devoir m'habituer à un nouveau casse-croûte.
Je n'ai pas non plus le droit de sortir sans Mère.
Oui c'est comme ça.

Surtout depuis qu'elle s’est mise en tête de me refaire une dignité. Elle aimerait effacer ma réputation de fieffée salope de la mémoire collective de toutes les familles respectables du voisinage, (ça va être dur, à 16 ans, j’avais déjà déniaisé chez eux tout ce qui était en âge de l'être).


Calixte, par contre, a le droit. Des fois il m'emmène, c’est mon chaperon (haha) et puis des fois non.

Samedi après le repas il est sorti. Moi non. Ça servait à rien, j'ai mes règles.
 

J'ai bu une tisane avec Mère, rigolé en lisant les absurdités que Griotte déblatère sur twitter et je suis montée lire Mademoiselle de Maupin dans ma chambre en rêvant de me déguiser en homme pour aller exercer ma cuisse légère dans des lieux de perdition .
Je me suis endormie vers deux heures du matin sans avoir entendu Calixte rentrer, ce qui n'a rien de surprenant. 


Je dormais donc, et j'étais en train de rêver que je me prélassais nue sur une plage, quand dans mon rêve un corps chaud, encore humide de la caresse des vagues, s'est glissé contre moi et un bras musclé a entouré ma taille.
Chouette un rêve érotique !
L'homme s'est approché de mon oreille, j'ai frémi d'avance, allait-il la mordiller, me murmurer des mots doux ?
- Gerboise, Gerboise, réveille toi,  a-t-il gémit pendant qu'une odeur d'alcool fermenté se répandait autour de moi.
On a fait plus sensuel.

J'ai ouvert un œil.
Calixte, en chemise (comprenez sans pantalon), trempé de sueur, était à demi-allongé sur moi et semblait avoir quelques difficultés à se redresser.
- Frangin, tu pues, va empester dans ta chambre, j'ai grogné en le repoussant.
- Déconne pas, je suis saoul.
- Sans blague ?
- Framboise, faut que tu m'aides.
- Tu veux aller vomir ?
- Non ça ira, mais je crois que j'ai tué Kelly.
- Le chien de Mère ?
- Mmm...
- Tu crois ?
- Ben...
- Elle est où ?
- Dans le bac à légumes du frigo.
- ...
- Je suis saoul... a-t-il geint en guise d'explication.
Je n'ai rien répondu. Je suis descendue à la cuisine sur la pointe de mes charmants petits petons nus, ramassant au passage le pantalon et les chaussures de mon soulot de frère dans l'escalier.


Une fois sur le lieu du crime, il ne m'a pas fallu longtemps pour comprendre ce qui était arrivé. 


Kelly dort généralement dans son couffin dans le salon. Dès que quelqu'un entre elle se glisse sous le guéridon de l'entrée, et si elle connait l'individu qui ose troubler son sommeil, elle se met à japper, à geindre  et à faire pipi partout au lieu d'aller se recoucher. La seule solution pour qu'elle se la ferme est de la prendre dans ses bras et de la rendormir. Non je ne déconne pas. Calixte et moi, même dans un état d'ébriété avancé, parvenons généralement à l'attraper avant même qu'elle ait émis le moindre son. C'est une habitude à prendre.

Revenons à la cuisine : sur la table il y avait une assiette de restes du repas de la veille ; quelques tranches de magrets de canard et du riz sauvage, le tout baignant dans une sauce brune légèrement coagulée.

La porte du micro-onde était ouverte et effectivement, dans le bac à légumes du frigo gisait le petit cadavre encore chaud de Kelly.

Calixte même très saoul s'en sort généralement bien, enfin, mieux que moi. Je ne manque jamais de trébucher dans un truc.
Mais évidemment, ça n'empêche pas quelques dérapages.
Même à demi-endormie, j'ai bien pu rejouer la scène, ça aurait pu être moi :
 

Calixte, affamé après une nuit de débauche, entre dans la cuisine, Kelly sous le bras gauche, ouvre le frigo et sort l'assiette que la cuisinière, connaissant les habitudes du fêtard, avait préparé bien en vue pour son retour, et le voilà, saoul, qui pose Kelly sur la table et met l'assiette dans le micro-onde, mais à l'inverse, en fait.
Kelly sûrement endormie à nouveau ou trop surprise a oublié de japper (elle n'a jamais trop compris quand et pourquoi utiliser ses cordes vocales cette bêtasse là).
Et voilà, en quelques minutes, un chihuahua bien cuit, y'aurait plus manqué qu'il l'arrose de sauce à la pékinoise avant de se rendre compte de sa bourde.


J'ai imaginé Calixte assis à la table, la tête dodelinant au rythme du ronron de l'appareil meurtrier, tout en fixant d'un œil morne l'assiette de victuailles devant lui jusqu'au "ting" fatidique. 


Et les quelques instants qu'il lui a sans doute fallu pour réaliser que non, vraiment, là, quelque chose clochait.

J'ai failli rigoler. 


Mais je me suis reprise et j'ai remis l'assiette en place dans le frigo, posé les fringues de Calixte en bas de l'escalier pour ne pas oublier de les remonter et emballé Kelly dans un sac plastique.

Ce qui est amusant quand vous passez un petit animal au micro-onde, c'est que la cause de la mort n'est pas évidente. J'aurais cru que ça explosait ces choses-là, mais à mon avis, il aurait fallu l'y passer plus longtemps. 

Elle était juste un peu tordue, la viande, ça réduit à la cuisson.  

J'aurais donc pu la poser délicatement dans son petit couffin et tout le monde aurait cru à une mort naturelle. Mais connaissant Mère et la passion qu'elle voue à son rat hydrocéphale, elle aurait demandé une autopsie et je n'ai même pas voulu prendre ce risque. J'ai dit une courte prière pour le salut de son âme quand même, Kelly était comme Mère, folle de la messe, il fallait la voir, assise sagement, sous le prie-dieu de Mère, aboyer en sourdine et à l'unisson avec les fidèles. J'ai passé un châle par dessus ma nuisette, mis des chaussures et je suis sortie Kelly avec dans son petit sac plastique, quelle destinée... 

Nous n’habitons pas très loin de la voie de chemin de fer, c'est l'endroit idéal pour se débarrasser de cadavres encombrants paraît-il.
Oui. Je sais. C'est immonde,  même un affreux bestiau atteint d'acromégalie faciale mérite mieux comme tombeau, et si j'avais laissé mon frère se dépatouiller tout seul j'aurais même peut-être pu récupérer sa part d'héritage, mais j'aime mon Calixte que voulez-vous. J'ai donc déposé Kelly dans un buisson de ronces et je suis rentrée aussi vite que possible, histoire que personne ne me repère. 


En revenant, j'ai replacé mes affaires avec exactitude, vérifié qu'aucun système de surveillance n'avait été activé ( nos parents ne les mettent que lorsqu'il n'y a personne, mais on est jamais trop prudent, si Mère le pouvait elle me glisserait un capteur GPS sous la peau).

Il ne restait plus qu'à empêcher Mère de soupçonner que Calixte ai pu malencontreusement laisser l'animal s'échapper en rentrant.

Je suis retournée m'occuper de lui d'abord. Assis sur mon lit, complètement débraillé, il vomissait de tout son cœur et de toutes ses tripes dans ma poubelle.

Y'a pas, il est très propre ce garçon.
Je l'ai discrètement emmené  dans la salle de bain adjacente à ma chambre (nos parents ont leurs  appartements à l'autre extrémité de la maison, ils ont bien raison, ça nous laisse le champ libre).
Je suis une bonne petite sœur, je l'ai lavé (non pas comme je lave David, c'est mon Frère bon dieu, qu'allez vous penser là) je lui ai tenu les cheveux pendant qu'il vomissait ce qu'il lui restait sur l'estomac et je l'ai mis dans mon lit.
Le temps de faire tout ça, il était 6 h30 du matin.

Ça tombait bien, il ne me restait qu'une chose à faire.
Kelly se réveille chaque matin à 6 h30 et jappe.
Elle sert de réveil à Mère et tant qu'on y est au reste de la maisonnée. Le dimanche, Mère s'octroie une grasse matinée, jusque 8 heures, mais elle descend chercher Kelly et la fait se rendormir près d'elle. 

Pauvre Père. 
Son ordalie dominicale aura au moins pris fin.
A force de me moquer de Kelly, j'ai fini par savoir l'imiter à la perfection,
 

Laissant mon frère nu, propre et frais entre mes draps je suis descendue sans bruit, ouvert la chatière de la cuisine, celle qu'il ne faut JAMAIS ouvrir.
Ensuite, je me suis mise à quatre pattes dans le salon, histoire de mieux incarner le personnage et j’ai imité les jappements matinaux de la défunte aberration canine. Dès que j’ai entendu Mère se lever je suis retournée dans ma chambre aussi vite que possible (j’avais un tout petit temps de battement pour ne pas la croiser dans le couloir) et je me suis recouchée à côté de Calixte qui ronflait comme un bienheureux. 

A 6h47 Mère entrait dans la chambre.
- Où est ton frère ?
J’ai très bien fait la fille qui émerge d’un profond sommeil.
- Là, il est rentré  tout malade à deux heures du matin, vous ne l’avez pas entendu ? Je crois qu’il a attrapé un mauvais microbe.
- Kelly a disparu, a répliqué Mère fort à propos.  La chatière de la porte de la cuisine a été ouverte ce matin, je sais que tu ne ferais jamais ça, je suppose que c’est une mauvaise plaisanterie de Calixte.
Calixte s’est redressé et a très bien fait le fils mourant, avec un petit gémissement et des grands yeux souffreteux.

Je me suis offusquée avec le regard sincère numéro 5 celui que je sors à mes ex quand je leur garantie que je ne les ai JA-MAIS trompé.
- Il n’est pas allé à la cuisine ce matin, ni cette nuit d’ailleurs ! J’ai dû descendre et l’aider à monter les escaliers tant il était faible, et on n’a pas bougé de ma chambre depuis. Désolée. Elle ne doit pas être loin. On peut se recoucher ? C’est dimanche et regarde, Calixte est tout vert.

Mais Mère ne l'a même pas regardé, elle avait déjà tourné les talons en me disant sèchement :
- Très bien, je vois que tu n'as toujours aucun sens des priorités. Appelle le médecin pour ton frère et reste ici avec lui si tu veux, mais je te préviens, il faudra que tu prépares toi-même à déjeuner, ton père vient d'envoyer tout le personnel faire une battue pour retrouver Kelly. Je pars les rejoindre. 


Une fois Mère partie Calixte m’a regardé, l’œil vitreux, s'est étiré et m’a demandé :

- Pff, quel réveil, qu’est ce que je fais dans ton lit ? Je suis un peu vaseux là. C’est quoi cette histoire avec Kelly ? Mère a perdu son sac ?

04 juillet 2009

Ginger. 3.

- Ginger !
- Ne bouge pas !
- Je peux pas bouger de toute manière !  Arrête de prendre des photos !
- Encore quelques-unes, rooh, tu peux rester comme ça, mince... T'as bougé...
- Tu crois que j'ai le choix ? Je suis menottée ! Pose ton appareil et appelle un traducteur et un avocat nom de dieu !
- Et je manque la série du siècle ?
- Au moins le traducteur que je puisse demander à qui je dois tailler une pipe pour qu'on me libère...aie ... Ginger...
- Hé ! Fermez pas la portière j'avais un angle super !
- Ginger ! Plus jamais je pose pour toi, plus jamais ! Et n'oublie pas de m'apporter mes fringues !

03 juillet 2009

Avis à la population.

Je suis partie en week-end chez mes parents.
Ils ont une piscine.
Comme il y a des chances que je prolonge mon séjour s'il fait beau,  j'ai préféré assurer mes arrières, prendre les devants et ainsi éviter le blog hi-jacking qui semble être devenue une spécialité de Griotte.

Elle en parlait depuis quelques temps mais la mise en place d'un compte, c'était un peu ardu pour elle (rien que trouver un surnom lui a pris une semaine).
Moi, j'y tenais, vraiment.
J'ai bien insisté, j'ai briefé David ce matin avant de faire mes valises et ça y est, Griotte tout heureuse vient de me téléphoner. Elle a son compte twitter. (merci David pour ta patience, moi je n'y arrivais plus, je saurais te montrer ma reconnaissance)

Quand elle aura appris à s'en servir toute seule, je suis sûre que ça va en jeter !

02 juillet 2009

Ginger. 2.

- Alors, t'as choisi ?
- Je ne sais pas encore... Et toi ?
- Oui, celui sur la gauche. En bleu nuit.
- Excellent choix. Par contre...
- Tu crois que quelqu'un a déjà une option dessus ?
- Ben, c'est de la marque, et assez unique dans son genre. Et je t'avoue que je ne me souviens plus.
- Je croyais que tu étais super calée dans ce domaine.
- Ma mère et mon amie Phryne plutôt, et ça fait quelques semaines que je n'ai pas eu l'occasion de les écouter papoter à ce sujet, j'étais trop occupée à insulter tout bas mon fiancé.
- Ton fiancé ?
- Pas vraiment. Presque. J'ai pas envie d'en parler. Ecoute, il me semble que c'est libre depuis quelque temps. Par contre, accroche-toi, il est quand même second en lice pour le trône de Suède.
- Et c'est qui le premier ?
- Sa sœur.
- Elle est bonne ?
- Elle est prise. Va !

Ginger a rajusté sa robe (elle doit avoir quelques contacts intéressants dans son carnet d'adresses pour obtenir des fringues comme ça) et s'est dirigée vers sa cible. Je suis restée seule un instant, attrapant au vol une coupe sur le plateau d'un serveur qui ne s'en aperçut même pas, tant mon geste fut vif et élégant (des années d'entraînement, Calixte vous le confirmera, il est mon maître en la matière).

Heureusement, les filles comme moi, ça ne reste jamais longtemps seule.
Même fraîchement débarqué en Suède, dans une soirée plus posh tu meurs où elle ne connait personne d'autre que la flamboyante anglaise qui l'y a traînée de force.

Un maintien impeccable mais décontracté, une mine avenante et un décolleté vertigineux permettent généralement que l'on ne vous confonde pas avec la tapisserie.
J'avais donc à peine eu le temps de tremper mes lèvres dans les bulles de mon verre qu'un jeune homme venait s'y suspendre. (A mes lèvres, pas à mon verre et pas encore à mon décolleté, suivez un peu )
Malheureusement , je suis tombée sur le goujat de la soirée.
Il a commencé par me faire un baise-main. La vieille duchesse qui s'enfilait canapé sur canapé près de moi, tout en se plaignant du manque d'appétit qui venait avec l'âge a presque ricané, pendant que je me retenais de gifler l'insolent.
- Enchanté, a-t-il enchaîné.
En français.
Malheur de malheur, un erasmus paumé ici, invité par erreur, que sais-je. Un béotien des bonnes manières. Et il tombait sur moi.

Autant vous dire qu'enchantée, je ne l'étais pas, j'ai rapidement essuyé la bave que l'indélicat avait laissé sur ma main. Il était vraiment mal parti celui là. Non seulement on ne baise la main que des femmes mariées quand on est poli, mais enchanté ça ne se dit pas, surtout quand on ne sait même pas à qui on s'adresse et qu'on a omis de se présenter.

Je l'ai regardé froidement sans parler et j'ai attendu qu'il se dépêtre de son inconfortable situation.
Il s'y est très mal pris :
- C'est d'un snobinard ici, tu trouve pas ? Ils ont tous un balai dans l'cul.
- J'ai moi-même un vibromasseur dans le vagin, mais chacun fait ce qu'il lui plaît, et il ne me viendrait pas à l'esprit de critiquer les fantaisies anales de mes commensaux, j'ai rétorqué.
La duchesse qui vraisemblablement parlait le français a avalé son canapé de travers.
Le foutriquet qui m'importunait n'a pas trop su quoi répondre. Et au lieu de battre poliment en retraite en prétextant que sais-je moi, une appendicectomie urgente, il a commencé à faire le poisson, ouvrant et fermant la bouche à un rythme quasi hypnotique sans qu'aucun son n'en sorte.
J'allais bailler pour signifier mon désintérêt total quand une voix fort familière m'a interpellée :
-Mais qui voilà ?  Framboise Hurtebise en personne, et je vois que vous avez fait la connaissance de Boris, mon nouveau secrétaire.
- Pas à proprement parler, cher Monsieur de Grignan, vous avez vraisemblablement omis de le briefer sur la conduite à tenir en bonne société.
Monsieur de Grignan a froncé un sourcil, congédié Boris d'un bref geste de la main et il m'a souri.
- S'il y avait un endroit où je ne pensais pas vous trouver, c'est ici. Je suis en séminaire quelques jours dans les environs et l'hôte de cette soirée avec qui j'ai eu l'heur de faire mes études à Oxford m'a interdit de prendre un hôtel.
- Charmante opportunité de revoir un vieil ami.
- En effet, Mais vous ? Ici ?
- Je suis venue avec Ginger McNichols, la personne rousse qui semble être en train d'hypnotiser le Duc de Värmland.
- Que lui veut-elle ?
- Etant journaliste-photographe, elle est sûrement en train de lui demander s'il veut bien poser nu pour elle dans une rame de métro de la capitale aux heures de pointe. Si vous aviez vu ce qu'elle a fait faire hier au Prince Wenzeslaus.

Monsieur de Grignan a haussé un sourcil, m'a dévisagé. J'avais dit ça très sérieusement.
- Framboise...
- Oui ?
- Vous me montrerez les photos ? Je doute que le Duc accepte mais quelque chose me dit que vous...
- Elle sait se montrer très persuasive, ais-je soupiré. Mais le duc, lui, n'aura droit qu'à un reportage photo classique. D'après ce que j'ai compris, Ginger a reçu une commande pour un reportage sur les familles royales nordiques. Elle n'y connait rien, le temps lui manquait pour les recherches et c'est pour ça que je l'accompagne. Accessoirement, elle m'utilise comme modèle pour un projet plus... personnel. Vous savez tout très cher.

Monsieur de Grignan a souri.
Je l'ai déjà dit mille fois, mais il est vraiment bel homme. Nos relations s'étaient un peu distendues à la suite de la découverte de la conduite déviante de son fils Hermance, alors mon fiancé. Mais malgré les tensions entre nos deux familles nous étions restés en assez bons termes.
Nos soirées coquines s'étaient pourtant terriblement espacées ces derniers temps.
- Framboise, je vois cette petite flamme caractéristique s'allumer dans votre regard mais... J'ai entendu dire que vous aviez depuis quelque temps jeté votre dévolu sur Clément de Latal.
- Oui, on peut formuler ça comme ça. Comment le savez vous ?
- Ma femme me l'a appris
- Naaaan, ne me dites pas que ça a déjà été publié dans la rubrique potins mondains de Ménopause et Bonnes Manières Magazine.
- Si. Et ma fille en a presque fait une dépression.
- Sa mère lui a prêté du Xanax j'espère ?
- Framboise...
- Pardon.
- Toujours est-il que, bien que l'envie ne m'en manque pas, je préférerai ne pas empiéter sur le territoire d'un Latal.
- Ça ne vous gênait pas d'empiéter sur celui d'Hermance, votre propre fils.
- Tant que le linge se lave en famille.
- Je vois, ais-je grogné... Maudissant le fat à particule ( c'est son surnom à partir de maintenant), même à des milliers de kilomètres, il parvenait à me gâcher mes soirées.
- Par contre...
- Par contre ?

Monsieur de Grignan a fait signe à quelqu'un derrière moi. Un fort joli quelqu'un, qui s'est approché en arborant un sourire éclatant.
- Framboise Hurtebise, une amie de la famille, en déplacement ici et vraisemblablement un peu esseulée.
Le jeune homme m'a saluée. Dieu qu'il était beau.
- Framboise, voici Joakim, le fils de notre hôte.  Je suis certain qu'il sera ravi de vous faire visiter les lieux. Joakim, n'oubliez surtout pas cette jolie cour intérieure, celle avec la fontaine. Je suis certain que Framboise saura apprécier.

Joakim a saisi au vol deux coupes sur le plateau d'un serveur, qui ne s'en aperçut pas. Il m'en a tendu une et m'a offert son bras.