26 mars 2009

I'm a Barbie Girl

Les deux passions de mon amie Phryne sont mon frère et les poupées Barbie d'époque. Que mon frangin déchaîne les passions, je peux aisément le comprendre. Les barbies, moins.

- Pffffff.

- Mais d'habitude tu adores aller chez Colette, a protesté Phryne en m'entendant soupirer pour la septième fois depuis que nous avions franchi le seuil de mon magasin préféré.

- Oui, mais tu comprends, Colette c'est idéal pour vider les comptes en banque de mes amants en période de déprime. C'est de la shopping therapy tu comprends. Mais y aller pour voir un tas de Barbies, sous prétexte que ce bout de plastique fête ses 50 ans. C'est à la limite du complexe Freudien.
Phryne a religieusement déposé dans son panier un coffret ultimate barbie limited edition et m'a regardé de ses grands yeux bleus de poupée de porcelaine.

- Complexe Freudien ? Qu'entends-tu par cette expression ?

- J'en sais rien, j'ai grogné Mais ça sonne bien. Tu comprends, quand j'étais petite Calixte a détruit presque toutes mes barbies.
Phryne s'est un peu raidie et a détourné le regard. Je ne sais pas si c'est en entendant le prénom de mon frère, si c'est parce que j'osais mentionner la destruction d'un objet vénéré ou si c'est parce qu'elle a remarqué que j'étais en train de vérifier si une réédition de barbie vintage avait une petite culotte sous sa jupe très 70's.

- Et j’en avais plein à cette époque là, des Barbies, j’ai ajouté, pour ôter la gêne qui s'installait lentement.

- Tu en avais des rares ? a murmuré Phryne, une moue gourmande se dessinant sur ses lèvres ourlées.
J'ai haussé les épaules. C'était donc ça. Ces collectionneurs…

- Non pas spécialement, il y avait juste une Barbie gymnaste que j'aimais bien avec ses articulations en plus. C'était pratique pour la nuit de noce quand je jouais au mariage de Barbie.

- Et qu'est ce qu'elle est devenue ?

- Calixte l'a démontée pour faire une Barbie sirène.

- Je te demande pardon ?

- Il l'a coupée en deux et a scotché le buste à une demie-sardine, et il a posé le tout sous une cloche à fromage. Elle a été servie pendant un repas très important pour les affaires de Père. Et bien sûr il a dit que c'était moi. Quand je te dis que les Barbie, ça ne m'inspire vraiment pas...
Phryne a masqué une grimace de dégout en se plongeant dans l'examen d'un lit à baldaquin format de poche, sûrement le modèle pour Barbie Princesse Célibattante et puis elle n'a pas pu s'en empêcher.

- Mais puisqu’on parle de lui, tu as des nouvelles de Calixte ? Il ne répond jamais à mes invitations. Je sais qu'il est très occupé, ce n'est pas très grave mais je ne l'ai pas vu depuis si longtemps. Son...
J'ai fait les gros yeux. Elle s’est reprise.

-...Ton ami habite toujours chez lui ?

- Hélas oui. Je fais ce que je peux pourtant. J'y mets tout mon cœur et tout mon corps pour les séparer ces deux là. Mais Calixte m'a toujours piqué mes jouets, et Baptiste ne fait pas exception. Il s'en moque que je l'aime. Tiens, c'est comme quand il a coupé les cheveux de ma Barbie Princesse. C'était ma préférée pour toujours, je n’arrêtais pas de lui dire : Non ! Calixte non ! Je vais le dire à Mère ! Mais quand il veut quelque chose… Quel égoïste !

- Disons simplement qu'il sait ce qu'il veut, a tempéré Phryne du bout des lèvres, il était encore jeune n'est-ce pas ?

J'ai haussé les épaules. Il avait 15 ans.

J'aime mon frère, mais je sais voir ses défauts, surtout quand le défaut en question consiste à me piquer la place qui me revient de droit sur le vit de l'homme de ma vie. Phryne, elle l'aime à l'infini, elle lui trouvera toujours des excuses. Et ça fait presque 5 ans qu'il l'a laissé tomber. C'est pathétique parfois.

J'ai attrapé une robe de mariée Barbie et je l'ai posée sur mon décolleté.
 - Tu crois qu'elle m'irait ? En coupant le bas bien sûr, ça ferait un bustier minirobe sympa.

- Depuis quand aimes-tu les collections de Lagerfeld ? Ça ne va vraiment pas...
J'ai reposé la robe avec un soupir.

- Mais que faisait Calixte avec tes Barbies au juste ? M'a soudain demandé Phryne. Il ne les a pas toutes détruites quand même ?

- Ah si, quand il ne leur coupait pas les cheveux il les posait dans la cheminée. Ou il faisait des Barbies fusées. Et avec les ken… Il ne les abîmait pas, mais il jouait avec et après j’avais plus trop envie d’y toucher.

- Il les faisait jouer avec ses GI Joe et te les rendait sale ? m’a demandé Phryne avec un air affolé. Salir une Barbie, pour elle, c’est quasiment un péché mortel.
Les mots m’ont manqués, alors j'ai saisi un Ken blond aux cheveux long et un Ken brun aux cheveux courts et j'ai mimé.

- Non. Il faisait plutôt ça : Han han ! Han han ! Comme quoi, ça devait déjà le titiller un peu… han han ! Remarque, c’est vrai que c’est marrant. Haaaan…

C'est à peu près à ce moment là qu'un gentil vendeur est venu me demander d’arrêter de me frotter les fesses contre les présentoirs, de prendre mes deux poupées et de passer en caisse avec et rapidement s'il vous plait, nous avons déjà deux plaintes de mamans.

J'ai payé les poupées et on est sorties, bien entourées de vigiles. J'ai voulu les refiler à Phryne mais elle les avait déjà et de toute manière elle était tellement honteuse et confuse de s'être faite éjectée de chez Colette qu'elle est partie à petits pas pressés, sans même penser à me dire au revoir. Si elle savait combien de fois ce même vendeur m'a mise dehors… je sais même son petit nom : c'est Simon.

Au moins, ma séance de torture avait été écourtée. Je suis rentrée chez moi et je me suis assise sur le sofa, une poupée sur chacune de mes cuisses dénudées. Griotte n'était pas encore rentrée.

- N'empêche, ais-je murmuré en caressant distraitement l'entrejambe inexistante du ken blond. Qu'est ce qu'il lui trouve de plus que moi ?

17 mars 2009

I wanna be your dog

La vie chez Griotte est fantastique.
Il ne se passe pas une journée sans qu'un truc absolument formidable arrive.

Tiens, au début, quand je venais d'emménager :  le chien du voisin est mort. C'est triste, me direz vous, et il n'y a en cela rien de fantastique.

C'est vrai. Mais le voisin c'était David.

Ce charmant photographe.
Lorsqu'il n'est pas en reportage, David aime nous prendre en photo nues dans des poses alléchantes et se taper Griotte.
Mais avant que j'emménage ce n'était pas comme ça.  Au mieux, il sonnait chez Griotte avant de partir en voyage et il lui confiait son chien, un bâtard de marque indéfinie. Elle s'en occupait comme de son propre fils.Griotte et les animaux, c'est fusionnel. C'est patient les animaux. C'est pour ça.
Le fait que j'arrive n'a pas changé les habitudes de David. Un beau matin il a déposé le chien avant de partir pour deux semaines faire du trekking au Nicaragua.(Les photographes on une notion bizarre de l'aventure),

Quelque jours plus tard ou plutôt une nuit, Chienchien (c'était son nom selon Griotte, elle n'est pas très originale) est mort. De vieillesse.
Ou d'ennui, on ne sait pas, il n'a pas laissé de mot.

Mais quand même on s'est retrouvé avec un cadavre sur les bras. Dans un appart' parisien.
Au mois de juin.

On a téléphoné à son maître qui, bien que fort triste, nous a demandé d'aller le faire incinérer avant que son petit corps n'attire toutes les mouches du quartier.

Grand moment de solitude chez Griotte.
Comment transporter le chien ? Assez volumineux tout de même.

Griotte toujours pleine de ressources a dégoté une valise de DJ qu'un ex avait laissé là. Et on a appelé un taxi.

Mais le taxi n'est jamais, jamais venu.
On en a eu marre d'attendre et Griotte devait aller travailler l'après-midi.
Alors on s'est dit, soyons folles, allons-y en métro, après tout personne ne saura ce qu'on transporte.

Et nous voilà traînant de concert notre valise de DJ dans les couloirs du métro.

En attendant notre rame, un jeune homme fort bien habillé s'approche de nous, on suait, on puait, on pouffait à l'idée de transporter un chien mort dans le métro. Mais guère rebuté, le jeune homme nous demande si notre sac n'est pas trop lourd. On dit : "Ah ben si beau gosse, un peu qu'il l'est" (enfin, Griotte a dit ça, moi je parle mieux. )
Mais qu'est ce que c'est ?

Et nous en cœur : le matériel de DJ d'un copain.(on avait répété, au cas où)

Et notre rame arrive. Le jeune homme, fort serviable, nous dit : "Attendez, je vais vous aider." Et avant qu'on ait pu faire un geste, il nous a poussé loin de lui, il a saisi la valise et sauté dans la rame, la cohue des autres passagers n'aidant guère on a rien pu faire d'autre que regarder notre valise partir on ne sait où. 
Nous étions consternées.
Puis nos regard se sont croisés.
Griotte a dit : "Il va être trop triste le gars quand il va trouver le pauvre petit Chienchien tout mort dans la valise. "
J'ai dit : "Griotte, réfléchi deux minutes."  (faut toujours lui dire, sinon elle y pense pas. )

Ça lui a pris plus que deux minutes. Un autre métro est passé. Et un autre. Je commençais à avoir vraiment chaud.

"Ah oui en fait. C'est drôle." Elle a fait. 
On a beaucoup rit sur le chemin du retour.


David, lui, a son retour, il a pas trouvé ça tordant.


PS : Je poste pas beaucoup en ce moment. Je suis en train d 'essayer d'arracher Baptiste aux griffes de mon frangin. Grrr. C'est dur. Mais j'ai deux alliés de choix. Na ! Et lui il a qu'un manchot pour l'aider. Dès que j'ai fini, je vous raconte.

08 mars 2009

Mise en abyme.

Hier j'étais assise avec Gab' et on discutait.

Il m'a dit "Et la journée de la femme, ça t'inspire quoi ? "
J"ai répondu "Ben d'habitude rien, mais là on m'a proposé une interview. C'est pertinent : je suis une femme. J'ai fait ça avec Antoine, c'était sympa. Et puis il faut bien montrer l'exemple, je suis une femme libérée après tout."

Gab' a fait un drôle de petit bruit et est devenu écarlate. 
Au début j'ai cru qu'il avait juste avalé de travers. 
En fait il riait à s'en exploser la rate.
Je comprends vraiment pas pourquoi.